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01/04/2012 - Bon à savoir
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Entretien avec Jacques Delors - 09/10/2008

Jacques Delors. Jusqu’où l’Europe ? Quand la France de Pompidou décide de trouver une solution avec la Grande-Bretagne, nous savons tous qu’elle sera une empêcheuse de tourner en rond. La Grande-Bretagne reste toujours à équidistance des États- Unis, du continent et du Commonwealth.
Le Président français de l’époque a pris le risque, poussé par les autres pays, d’accepter l’élargissement à la Grande-Bretagne mais aussi au Danemark et l’Irlande. C’est un choix historique.
La Grèce sortait du régime des Colonels ! Nouveau choix historique. Ensuite il y a eu l’Espagne et le Portugal juste libérés de régimes dictatoriaux. Vous vous rappelez l’opposition de Jacques Chirac : « si ce traité d’élargissement est signé, ce sera catastrophique pour la France… »
Le quatrième choix historique vient après la chute du Mur de Berlin. Sur les élargissements aux pays d’Europe centrale et orientale, nos gouvernements ont été lamentables ! Ils se cachaient, ils rasaient les murs. Comment ne pas ouvrir les bras à des peuples qui pendant 40 ans ont subi la nuit du totalitarisme ! Leur adhésion a conforté leur démocratie et permis leur développement.
Pour l’avenir, on devra consacrer plus de moyens politiques et économiques aux Balkans (les pays de l’ex-Yougoslavie en particulier) et les accueillir aussi dans la famille européenne.
Quand Robert Schumann a lancé son appel en mai 1950, il y avait dans le gouvernement français et dans les partis politiques des personnalités réticentes à cet appel à la paix et à la réconciliation. Il y avait la mémoire des morts de la guerre des deux côtés, le souvenir cruel de la déportation, la méfiance, voire la haine…
Plusieurs fois l’Europe a été devant un défi historique : à chaque étape elle a dit oui.
On pouvait concevoir une autre solution : une Europe plus petite, plus cohérente, plus cohésive. La grandeur de l’Europe est aussi de faire face à ces défi s historiques, au nom de la liberté, de la paix et de la compréhension mutuelle entre les peuples…
Mon raisonnement est simple : compte tenu de la montée de l’intégrisme, de sa propagande, de son impact sur les populations - des centaines de millions - je ne dit pas dit non à la Turquie a priori, mais oui à la négociation et… point à la ligne. On verra après. Le non renforce la tension et la propagande des extrémistes : « Vous voyez bien que l’Europe est un club chrétien, un club de riches ».
Pourquoi dire non à la Turquie alors qu’au même moment on veut faire une Union pour la Méditerranée ? Il faut de la cohérence. La Turquie peut très bien ne jamais répondre aux critères d’adhésion. Mais je sais que le non brutal sera désastreux du point de vue de la bataille idéologique entre les démocraties et certaines formes d’intégrisme.
Il lui a déjà fallu trouver un compromis avec les autres États membres, car ils ne voulaient pas d’un ensemble ne comportant que les pays européens du Sud. A présent, toute l’Union européenne participe à l’Union pour la Méditerranée.
Cette zone couvre deux conflits : celui dramatique Israël/ Palestine, et l’antagonisme sans solution entre le Maroc et l’Algérie. Ils ne sont pas arrivés à faire le Maghreb uni, un marché commun entre Algérie, Maroc, Tunisie, Libye et Mauritanie… Il faut tenir compte de cette réalité.
On peut avoir des projets communs comme la lutte contre la pollution dans la Méditerranée, un marché commun de l’énergie...
La coopération entre les peuples est un facteur de compréhension mutuelle et de paix. C’est l’objectif essentiel. La coopération renforce et reste un moyen de mieux se connaître. Dans ce débat entre Français, évitons l’emphase et le lyrisme d’un côté, et le dénigrement systématique de l’autre.