Avant de prendre sa retraite, il faut la « liquider » et pour cela engager un ensemble d’opérations (...)
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07/01/2012 - Bon à savoir
Avant de prendre sa retraite, il faut la « liquider » et pour cela engager un ensemble d’opérations (...)

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Dossier congrès en Lorraine (7/7) - 27/05/2011
Avec sa carrure de bucheron ou de barde breton, Jean-Paul Steunou est quelqu’un d’entier. Il a connu le premier train de laminage de Gandrange et la Lorraine rougeoyante de la sidérurgie. Il vomit le racisme. Et se montre toujours en recherche : « Si c’est pour faire comme avant, ce n’est pas la peine ! » affirme-t-il.
« En 95, j’ai fait partie des derniers départs en retraite à 50 ans de la sidérurgie lorraine. Après moi il n’y en a plus eu ! » Pas facile d’enfermer Jean-Paul dans des cohérences incertaines. Il parle, revit, peint, écrit, dessine, se bat et exige de lui d’être en cohérence avec ce qu’il affirme : « Je n’ai jamais été propriétaire. Je milite à la Confédération de la consommation, du logement et du cadre de vie (CLCV). J’ai une action en bourse dans l’habitat social (obligatoire pour représenter les locataires au CA) qui m’a rapporté 43 centimes d’euro l’an dernier. J’ai affiché le chèque à la maison ! »
Jean-Paul entre, comme chimiste, le 18 juin 1968 à Gandrange. Un an plus tard on y compte 4 000 ouvriers. Après la fusion avec le groupe Rombas, on est monté jusqu’à 15 000 emplois, sans jamais atteindre ce chiffre « pour ne pas avoir un délégué syndical supplémentaire. » Ils sont maintenant 350 salariés.
« Pour certains, ça a été dur » témoigne Jean-Paul. Les gars qui ne vivaient que pour le boulot, se sont retrouvés chez eux à 50 ans, avec une femme qui travaillait encore. Et eux lisaient le journal et regardaient la télé à longueur de journée. Je ne vous dis pas le nombre de divorcés et d’alcooliques qui ont suivi. Ceux qui avaient des engagements associatifs s’en sont sortis pas trop mal.
Le syndicalisme a sauvé Jean-Paul : « Je n’ai pas eu beaucoup de difficultés, car je n’étais plus dans l’exécutif de la boîte mais engagé à 100 % dans la CFDT. J’ai eu toutes les responsabilités syndicales qui peuvent exister dans l’entreprise et beaucoup de mandats extérieurs, administrateur durant 25 ans de la Caisse primaire d’assurance maladie de Thionville, et ensuite de la Caisse régionale d’assurance vieillesse et jusqu’au régime local d’assurance maladie d’Alsace Moselle. »
Il se souvient aussi avec émotion du lancement des sections syndicales à Gandrange, « une usine neuve avec beaucoup de jeunes qui arrivaient d’un peu partout. On s’est tous retrouvés dans la même arrière-salle de bistrot le même soir pour savoir qui allait à la CGT et qui adhérait à la CFDT. Un an ou deux après les grosses boîtes et les mines ont commencé à fermer. Le climat s’est tendu. C’était fini. »
Comment survivre à pareille aventure et exister au présent ? Jean-Paul a une passion aux multiples facettes. Passion de l’information puisqu’il s’est longtemps occupé du bulletin d’entreprise avec ses 200 numéros au compteur, puis de ceux du syndicat sidérurgie et de l’UTR Moselle. Passion de l’écologie, anticlérical convaincu et antichasseur invétéré depuis que le fusil de son père en tombant par terre a failli le tuer. Passion du dessin. Passion de l’écriture et de la lecture.
Jean-Paul prépare un ouvrage sur l’histoire de Gandrange « mais c’est difficile. » Passion des hommes aussi. Mais quel est le fil conducteur de l’histoire de Jean-Paul ? « Peut être suis-je resté un rebelle, un adolescent attardé ? » concède-t-il. On n’y croit guère. La clef est ailleurs. « A 66 ans j’ai toujours le sentiment d’avoir quelque chose à apprendre ! »
Jean-Paul a ses certitudes chevillées au corps : « J’ai toujours eu la fibre interprofessionnelle. Dans la boîte, on avait beaucoup de sous-traitants avec des salariés qui n’avaient rien à voir avec la sidérurgie et qu’il fallait défendre. Ma femme militait dans le commerce. J’avais donc cette fibre interprofessionnelle à la maison. »
A la retraite rien n’a changé. « Je pense toujours la même chose. Je milite à l’Union locale des retraités d’Hagondange et pas dans la section retraités de la sidérurgie, une grosse unité qui vit sur elle-même. Avec ça où vont les retraités des petites boîtes ? » martèle-t-il.
Daniel Druesne
