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01/04/2012 - Bon à savoir
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Histoire - 27/05/2008
Retraité en 2008, dans l’action syndicale en 1968 ! Voici le récit de Georges, militant dans le BTP à Saint-Étienne en mai 1968.
Rien ne laisse présager la suite en cette fin avril 1968 lors de la manifestation contre la montée du chômage. Nous n’étions que des convaincus de l’action syndicale à défiler à Saint-Étienne. Pourtant le chômage, comparé à celui de la décennie suivante, est encore insignifiant.
Les étudiants se mettent à occuper les universités à Paris. En ce début mai nous sommes solidaires des grèves et manifestations qui commencent à se développer. Notre entreprise, la SGE (Société générale d’entreprises) compte sur Saint-Étienne trois établissements : électricité (CGT et CFDT) ; construction de poteaux électriques (CGT) ; entretien du matériel (CFDT). Je suis délégué du personnel au service entretien du matériel.
Notre équipe syndicale propose la grève générale le 15 mai. Les principales revendications s’élaborent rapidement. Décision est prise d’occuper les locaux. Dès le 15 au soir nous nous installons durablement. Lits de camp, duvets, nécessaire pour se nourrir mais aussi pour se distraire, cartes, boules de pétanque… Dans la cabine du gardien nous avons à disposition le téléphone et le transistor pour nous informer sur les manifestations et les grèves dans toute la France. Les deux autres établissements sont également occupés par les grévistes.
La première semaine de grève se déroule sans heurt. Dès la seconde semaine, notre directeur croit bon de faire croire à la reprise du travail en actionnant la sirène (toutes les entreprises à Saint-Étienne ont une sirène). Comme il refuse de cesser ce jeu ridicule, nous verrouillons la sirène. Mais son attitude reste figée. Quelques gros bras de l’établissement voisin viennent pour l’impressionner. Voyant cette forte délégation s’approcher de son bureau, il saute dans sa voiture pour s’enfuir… Manque de chance, il se heurte au portail cadenassé par nos soins ! Seule la porte pour piéton restant ouverte, il décampe à pied sous les quolibets du personnel. Le directeur victime d’une jaunisse ! Le directeur de l’autre établissement venu négocier se demande ce que nous avons pu faire à son collègue. La voiture est restée derrière la grille, portes ouvertes ! Rien de grave sauf une très grosse frayeur par crainte d’être séquestré.
Les négociations de branche ont débuté comme les discussions rue de Grenelle avec le gouvernement. Nous suivons journellement ces évolutions. Sur Saint-Étienne, la chambre patronale du BTP négocie sur les salaires minima dans le département. Pour l’anecdote, le président de l’ASSE, Roger Rocher, patron de la Forézienne de travaux publics, dirige les débats. Comme responsable du syndicat CFDT du BTP, je participe aussi à ces négociations. Les accords conclus portent les salaires à des taux intéressants.
Cependant sur la SGE rien n’avance. Selon le chef comptable (bras droit du directeur), une majorité veut la reprise après une troisième semaine de grève. Nous organisons une assemblée générale. J’explique la situation. À bulletin secret, à l’exception de quelque 6 ou 7 voix, tous sont favorables à la poursuite de la grève. Nous sommes confortés.
Le lendemain, notre directeur revient, guérit de sa jaunisse ! Toutes nos revendications sont acceptées avec des bémols, par exemple les jours de grève sont répartis sur plusieurs mois. Mais ce dont je reste fier, c’est l’heure d’information payée chaque mois. La solidarité ayant joué à plein, nous avons eu droit à quelques tonnes de patates collectées par le comité de grève.
À Saint-Étienne les locaux de la bourse ne désemplissent pas, une fourmilière… C’était Mai 68 !
Georges Goubier