Avant de prendre sa retraite, il faut la « liquider » et pour cela engager un ensemble d’opérations (...)
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07/01/2012 - Bon à savoir
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Histoire - 28/05/2008
Claude Bouret, ancien responsable CFDT, répond à nos questions sur Mai 68. Une synthèse de ce qu’il faut retenir de ce mouvement.
Claude Bouret. Le souvenir d’une explosion imprévisible dans une France pétrifiée par la hauteur immobile du Général de Gaulle, liquidateur de la guerre d’Algérie, vainqueur de l’OAS et, après, maître de tout. Explosion d’une parole enfin libérée, par-delà les censures, d’un déchaînement de critique sociale, d’une remise en cause de tous les repères, mais aussi d’actions confuses, de violences teintées de slogans souvent provocateurs. À noter que cette explosion n’a pas touché que la France, beaucoup d’autres pays ont été concernés.
Le Sgen, syndicat CFDT de l’Éducation Nationale, se bat pour des réformes de l’enseignement supérieur mais ne peut qu’être réservé sinon hostile au saccage des locaux, à l’interruption des cours, au savoir « bourgeois » dénoncé comme une marchandise capitaliste et aux profs traités comme des mandarins et des patrons exploitant les étudiants !
Elle partage d’abord cette analyse puis assume le « mouvement » quand il s’élargit en grèves massives dans toute la France. Les salariés établissent des plateformes revendicatives et manifestent sur l’avenir : une véritable « conscientisation » des travailleurs. Mai 68 c’est le besoin de se parler entre tous enfin rendu possible ne fût-ce qu’un court moment.
Partis et syndicats ne pèsent pas lourd, hormis la CGT, toute puissante dans les entreprises et les banlieues. Elle entend conduire et contrôler seule le mouvement de grèves avec une vive méfiance envers l’agitation estudiantine. Elle négociera la fin des grèves sur des acquis matériels, notamment des augmentations de salaires bien vite absorbées par l’inflation. Mais on doit à ce vaste mouvement une avancée décisive du droit syndical dans l’entreprise, portée par la CFDT.
À Paris, l’URP doit tenir la route entre les mouvements de rue violents, un pouvoir impuissant et des structures politiques anesthésiées. Certains adhérents confondent leur syndicat avec un parti ou courent volontiers derrière des groupes totalitaires, craignant de rater une révolution. L’URP refuse d’appeler au meeting de Charléty, trop incertain quant à ses objectifs et à ses dirigeants. Mais la confédération y participe, signe des confusions de l’époque. Ces dernières perdurent durant toutes les années 70 jusqu’au recentrage de 1979.
Les élections de juin donnent l’Assemblée la plus à droite que la France ait connue : on n’aime pas voir à la télé chaque soir Paris à feu et à sang et les bourgeois parisiens reprennent le haut du pavé quand le général se ressaisit. Mais bien des réformes sociales seront faites par une droite qui a senti passer le vent du boulet. L’action syndicale fera toujours bouger la société, évoluer les mœurs, progresser la justice.
Mai 68 a aussi précipité des évolutions qui auraient fini par arriver d’elles-mêmes. Épiloguer sans fin sur cette crise est parfois un moyen de ne pas s’attaquer aux problèmes d’aujourd’hui. Il faut simplement savoir que dans les révolutions la démocratie n’est jamais garantie, ni pendant, ni après.
Propos recueillis par Guy Gouyet
Claude Bouret : un militant engagé
Parisien de souche, instituteur de formation. Responsable de la région parisienne au Syndicat général de l’Éducation Nationale (Sgen) CFTC puis CFDT de 1956 à 1974. A l’Union régionale parisienne, membre du bureau chargé des relations avec les partis et les autres organisations en particulier pendant la guerre d’Algérie.