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Santé - 18/05/2005

La détresse méconnue des familles touchées par la maladie d’Alzheimer

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La maladie d’Alzheimer, tout le monde connaît. Mais pas la détresse financière qui l’accompagne souvent. Le témoignage d’Elisa, adhérente CFDT, permet de mieux comprendre concrètement cette réalité méconnue. Après cinq ans de soins quotidiens à domicile, l’hospitalisation arrive. Mais à la charge de la famille, soit 15 000 francs par mois en 1988. Pour payer pendant les 80 mois restant, l’appartement acquis a été vendu. Mais Elisa s’est battue pour obtenir la reconnaissance de cette maladie. Témoignage (voir aussi Qu’est-ce que la maladie d’Alzheimer ?).

Des centaines de milliers de familles ont un proche atteint de la maladie d’Alzheimer. C’est une maladie dégénérative du cerveau. À un certain stade le maintien à domicile n’est plus possible, ne serait-ce que pour des raisons de sécurité du malade. Presque toujours décidée par les médecins, l’hospitalisation devient la solution proposée. À la douleur, l’angoisse, le désarroi, s’ajoute pour les proches une face cachée dont les familles parlent peu : la détresse financière. Elisa (surnommée aussi Lisette), 84 ans, adhérente et militante à la CFDT, a accepté de témoigner pour nous donner envie de continuer l’action syndicale

Nés en 1919 et 1920 dans la région niçoise, Paul et Elisa ont commencé à travailler tôt. Lui à 14 ans, elle, orpheline de père, à 16 ans comme employée de bureau. Ils militent à la Joc (Jeunesse ouvrière chrétienne). Ils se marient en 1942 en pleine guerre. À la Libération, il devient permanent au Mouvement populaire des familles (MPF), ils montent vivre en région parisienne. À la fin de son mandat, il devient représentant. Ils élèvent leurs trois enfants, militent à la CFDT. À l’aide d’un emprunt, ils achètent en 1958 un appartement à Drancy, dans la banlieue ouvrière de Paris.

 Onze ans de soins quotidiens

C’était sans compter sur la maladie d’Alzheimer. À peine à la retraite, Paul déprime. Peu à peu des symptômes de peu d’importance apparaissent : il descend acheter le journal et revient sans. Difficultés à se concentrer, à lire le journal ou des livres, lui qui suivait les affaires du monde. Consultation chez un neurologue. Elisa est assommée par la terrible révélation : « C’est irrémédiable, l’intelligence supérieure est atteinte. Son état ira en s’aggravant. Vous ne pourrez plus le laisser seul. Votre mari a la maladie d’Alzheimer. ». C’était en 1984. À l’époque on parlait peu de cette maladie.

Elisa soigne Paul à domicile. Mais, cinq ans plus tard, pour des mesures de sécurité, les médecins demandent l’hospitalisation. Comme il ne peut plus rester à domicile, elle recherche un lieu d’accueil adapté. Après un mois passé dans un établissement à Villiers-le-Bel, elle trouve enfin une place en long séjour à l’hôpital Broca de Paris. Mais le coût est élevé : 2 300 euros par mois (15 000 francs) entièrement à charge de la famille du malade. Conséquence, les économies du couple fondent rapidement.

Et c’est l’inévitable. Pour payer chaque mois la note de l’hôpital, Elisa est contrainte de vendre l’appartement durement acquis, de trouver un appartement à louer, de déménager, de changer de quartier. La vente ne lui permet de tenir que pendant 80 mois d’hospitalisation à Broca. Paul y restera de 1988 jusqu’en 1993. Son fils lui trouve une place dans son midi natal à la campagne, près de chez lui pour lui rendre visite tous les jours. Le prix est moins élevé, mais il faut ajouter les frais de déplacements de son épouse qui s’y rend chaque semaine.

Paul s’éteindra en 1995, onze ans après le début de sa maladie et après 80 mois d’hospitalisation.

 Le combat d’Elisa

Elisa vit et découvre l’angoisse, la douleur face à la dégradation d’un être cher, mais aussi le drame financier auquel sont affrontés toutes les familles dont un des membres est contraint d’être hospitalisé. Dès 1989, elle fonde avec d’autres familles d’hospitalisés l’association « Broca familles ». Son but : alerter la société sur la situation des malades et des familles. Obtenir des pouvoirs publics « la reconnaissance du risque de dépendance psychique et physique » et sa prise en charge « en milieu hospitalier ». L’association collabore avec le milieu hospitalier pour améliorer le quotidien des malades et ne cesse d’alerter pouvoirs publics et société civile à partir de dossiers concrets.

Elisa ne comprend toujours pas pourquoi cette maladie n’était pas considérée comme une affection de longue durée prise en charge par la Sécurité sociale au même titre que les autres maladies. Elle ne comprend toujours pas pourquoi les familles doivent supporter financièrement la quasi totalité du coût de l’hospitalisation, pourtant presque toujours décrétée par le corps médical. Mais elle peut dire que son action aura été utile avec, entre autres, la reconnaissance récente en affection longue durée.

 L’UCR-CFDT revendique d’autres formes d’accueil

L’UCR CFDT estime que les malades atteints de maladies du type de la maladie d’Alzheimer n’ont pas à être nécessairement dirigés vers un hôpital. D’autres formes d’accueil existent pour prendre en charge ces personnes. Ce sont soit des établissements spécialisés (certains Ehpad), soit de petites unités (les Cantous), adaptés à ces situations qui ne demandent pas beaucoup de soins mais plutôt des actions de stimulation intellectuelle et d’incitation au travail mental ainsi que des conditions de circulation adaptée aux besoins de mobilité sans risquer les fugues. Les coûts supplémentaires liés aux conséquences de ces maladies (soins mais surtout conditions de vie) ne devraient pas être à la charge des personnes atteintes. Il faudrait également que la grille d’évaluation des pertes d’autonomie soit adaptée à la prise en compte des besoins spécifiques.


5 Messages

  • La situation décrite par ces témoins est dramatique sur le plan humain et bien entendu sur le plan financier. Cependant , on assume les dérives financières par amour pour nos parents car ils le méritent, ils nous ont tant donné. La petite maison de mes parents ( fruit de tant d’efforts car ils étaient tous deux des ouvriers) a été vendue et à raison de 46 000 euros par an de frais d’hébergement, mamère a de quoi tenir 4 ans ! Atteinte de la maladie d’Alzheimer, elle a cependant la chance de nous avoir tous les trois (ses enfants) proches. On veille au grain et nous sommes vigilents sur la qualité des soins qu’elle reçoit et on ne lache pas la vigilence car à ce prix... Qu’au moins elle soit la plus heureuse possible dans son égarement final. MAIS depuis le temps que ces abus sont dénoncés, qu’est -il fait par nos gouvernants (de droite comme de gauche) pour ses citoyens du 4ème age ? Pourquoi un tel désengagement de l’état pour ses seniors ? Pourquoi sont-ils traités comme des déchets ?
    C’est indigne pour la FRANCE qui se pose souvent en donneuse de leçons. Face à ce problème, j’ai honte de mon pays et je suis triste pour tous ces pauvres gens que je vois toutes les semaines et qui ne demandent que du respect, des soins et de l’amour, tout comme les enfants.

    • bonjour,
      je recherche partout des infos sur internet, car je suis confrontée à ce terrible fléau ! et je suis dans une situation des plus difficiles ! je lutte et je ne suis pas le genre à baisser les bras ! fort heureusement je suis en retraite depuis deux ans, mais seule, fille unique, et aussi avec des pb de santé ! mes deux parents 86 et 87ans sont tjr vivants, ma mère soignée à domicile avec une maladie genre alzheimer, son état s’aggrave de mois en mois,(cela fait plusieurs années) ;;
      récemment mon père à été hospitalisée, et il vit au quotidien avec ma mère dans leur petite maison (propriétaire) et retraite ne pouvant pas faire face aux 2500 euros à payer pour une maison pour ma mère !!!) et de toutes façons tous problèmes financiers mis à part je voulais éviter d’en arriver à y mettre ma pauvre maman !!) ...
      Donc opération de polypes ds la vessie, on lui a trouvé une tumeur énorme, une décision doit être prise (on revoit le chirurgien le 11 septembre)... mon père ne veut pas en discuter, il n’en peut plus avec ma mère....donc s’il fallait mettre ma mère dans une maison spécialisée, comment faire ? vendre leur maison (mon père doit aussi se loger ?) et cet argent ne durera pas plus de 7ans... et surtout on ne peut pas vendre du jour au lendemain ! prquoi est ce si peu pris en charge ! je le sais déjà ! le gouvernement doit faire. ??? mais quand d’ici 2030 !!!!?? bref, la détresse de toutes ces familles tout le monde s’en fout !!
      on ne trouve pas de solution ds l’immédiat, et pr ma part, c’est pire étant seule à essayer de gérer tout cela, avec un père caractériel, qui n’accepte pas les solutions, et aucun dialogue possible sans qu’il s’énerve et hurle ! (passez moi tous ces détails svp, mais mon équilibre nerveux tiendra t il et ma santé physique également, ?) j’en doute, et redis combien c’est difficile, et douloureux, surtout comment trouver des solutions, qui ne coutent pas des fortunes, ???????? participation des enfants ?c’est bien joli !!!je suis seule et petite retraite ! je dois vivre moi aussi ! et bien sur gérer mes parents ! je trouve la société assez LAMENTABLE sur ces points et sur bcoup d’autres ! en france !!!
      Merci de m’avoir lue !
      A.Regnault

  • Bonjour, je m’apelle Aurélie et j’ai 16 ans :
    Je voudrais vous demander un renseignement vis a vis de cet article ; j’ai moi même mon grand-père qui est atteint de cette maladie et qui est à la charge de ma grand-mère qui elle même est agée (72) et, a de plus en plus de mal à s’occuper seule d’un homme de 82 ans malade, pas toujours très sympa, et trop lourd pour qu’elle puisse le relever lorsqu’il tombe, de plus, il ne supporte plus d’être seul, et ma gm ne peut plus sortir...
    Ma question est donc la suivante : existe-t-il un établissement qui permette d’acceuillir les personnes atteintes de cette maladie afin de soulager la personne qui s’en occupe à plein de temps ne serais-ce qu’une semaine ou deux durant les vacances d’été ?? Et si oui quels en sont les prix ??
    Je vous remercie par avance de votre réponce
    Aurélie

    • Pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, il faut inévitablement placer en permanence la personne malade en établissement spécialisé. C’est ce que je retiens des conversations avec des personnes concernées et des professionnels. Votre grand mère va y perdre la santé et plus.

      Je vous conseille de vous adresser à des professionnels comme une assistance sociale de votre ville (centre communal d’action sociale par exemple) pour trouver le lieu adpaté. Si vos grands parents n’ont pas les moyens, il sera fait appel aux enfants et, à défaut, à la solidarité publique.

  • Est-ce que depuis votre article, les familles paient toujours les frais des malades en résidence ? Je vais certainement avoir besoin de conseils, car j’ai une maman atteinte de cette maladie. Je m’en occupe depuis 6 ans, et je suis à bout. J’ai bien un frère plus jeune que moi qui ne veut pas la prendre. Ou plutôt sa femme. Mon frère travaille seul, il a des revenus de 1800 euros environ mensuels. Je ne travaille pas, je suis veuve, et je touche un rmi de 300 euros avec 2 filles à charge. Ma mère est propriétaire d’un appartement qu’on est entrain de vendre, car elle ne peut plus rester seule chez elle. Il faut continuellement quelqu’un pour la surveiller. Est- ce qu’il faut garder la vente de cet appartement pour payer un éventuel établissement si on la place. Cet appartement rapportera environ un peu moins de 200 000euros. Mon frère sera t-il obligé de payer sa part ? Comment pourrais-je faire pour payer ma part, puisque je n’ai pas de revenus ? Pourriez-vous m’aider à démêler tout ça ? Je vous remercie pour votre réponse.

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