Avant de prendre sa retraite, il faut la « liquider » et pour cela engager un ensemble d’opérations (...)
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07/01/2012 - Bon à savoir
Avant de prendre sa retraite, il faut la « liquider » et pour cela engager un ensemble d’opérations (...)

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Dossier Retraite des femmes (1/6) - 28/03/2011
L’état des lieux est alarmant. Les retraites des femmes sont très inférieures à celles des hommes, et souvent synonymes de minimas sociaux. Lourd héritage des inégalités sur le marché du travail, et plus largement dans la société, la retraite apparaît comme la plus grande d’entre elles. La retraite globale des femmes ne représente que 66% de celle des hommes, soit respectivement 1 020 € en moyenne contre 1 636 €. Une inégalité plus grande encore que celle des salaires.
Plus du quart de la retraite globale moyenne des femmes provient principalement des droits de réversion. Ainsi 92% de femmes bénéficient d’une pension de réversion, souvent leur principale ressource, et pour près de 15% des femmes c’est la seule ressource. Le rapport entre les pensions de droits directs des femmes et celles des hommes s’établit alors à moins de la moitié, soit 41%.
Jacqueline a eu quatre enfants. Elle est en retraite depuis 2006. Elle a fait le choix, à la naissance du premier enfant, de se consacrer à la famille. « J’ai quitté mon emploi. J’avais un bon salaire et je ne regrette pas mon choix. » Militante associative, elle a saisi, par la suite, plusieurs opportunités d’exercer ses compétences dans des emplois à mi-temps. Elle a pris sa retraite à 60 ans et a validé plus de trimestres qu’il n’en fallait (184 pour 156 requis).
« Les 4 enfants m’ont permis de bénéficier d’une majoration de durée d’assurance de 32 trimestres. Ils ont compensé les « trous » dans ma carrière et 19 années ont été validées par l’assurance vieillesse des parents au foyer ». Jacqueline perçoit une petite pension : 616 € mensuels du régime général et 394 € de pension trimestrielle complémentaire, soit 747€ par mois. Le montant de sa retraite du régime général représente à peine plus que le minimum contributif.
Les périodes de travail à mi-temps et l’AVPF n’ont guère été favorables au calcul du montant de cette pension : le plus pénalisant est l’absence de droits à une retraite complémentaire. « J’ai fait le choix de me consacrer à ma famille, dans le cadre d’une responsabilité partagée avec mon mari, y compris à la retraite. Avec sa pension, même modeste, et sans la charge d’un loyer, ça va mieux que pendant les périodes avec les enfants, notre niveau de vie reste correct, sans fantaisie. »
Les femmes valident trop rarement (41%) des carrières complètes qui leur permettraient de bénéficier de retraites à taux plein. Les hommes sont deux fois plus nombreux qu’elles. Du fait de carrières souvent interrompues, souvent à temps partiel, elles ont, au moment de la retraite beaucoup moins de trimestres validés que les hommes.
Ainsi 34% des femmes ont validé moins de 25 ans à l’assurance vieillesse. Les hommes ne sont que 4% dans ce cas. Malgré un raccourcissement de l’interruption liée à l’éducation des enfants, ajoutée au chômage, la durée totale de l’interruption de carrière est bien plus élevée pour les femmes : 3 ans et 3 mois contre 1 an et 4 mois. Une femme sur trois travaille jusqu’à 65 ans avant de pouvoir liquider sa retraite à taux plein. Selon le Cor (Conseil d’orientation des retraites), les écarts se resserrent, au fil des générations. Mais ils perdurent. Les femmes comptabilisent 23 trimestres de moins que les hommes (départs en retraite 2004).
Pour la génération des 40-50ans, l’écart se réduirait à 14 trimestres. Pour autant, en raison du temps partiel - forte caractéristique du travail féminin - les carrières des femmes restent précaires. Les femmes de la génération 1970 valident des carrières identiques à celles des générations 1950 ! Toujours selon le Cor, près de la moitié des femmes perçoivent une pension mensuelle de moins de 900 € contre 20% des hommes. Et près de quatre femmes sur dix perçoivent moins de 600 € par mois, alors que ce n’est le cas que d’un homme sur dix. Et 70% des femmes se retrouvent parmi les « bénéficiaires » du minimum contributif. Parmi les allocataires du minimum vieillesse, 63% sont des femmes.
À durée de cotisation égale permettant une retraite à taux plein, l’écart de pension entre les hommes et les femmes s’élève encore à 35%. Ce chiffre témoigne à lui seul du fossé des inégalités qui traversent la vie des femmes au travail. Elles sont plus nombreuses en emplois précaires, contrats de courte durée ou emplois à temps partiel, subis ou choisis « faute de mieux ».
Près d’une femme active sur trois occupe un emploi à temps partiel contre 5,8% des hommes. Leur part parmi les travailleurs à temps partiel se maintient à 82%. Et 10% des femmes salariées sont en situation de temps partiel subi contre 2,5% des hommes. Enfin, plus de la moitié d’entre elles se concentrent dans six secteurs professionnels les moins valorisés dont les métiers du social, des services aux particuliers, de la santé et de l’éducation. Ces secteurs très féminisés sont identifiés comme les moins porteurs, les moins rémunérateurs, là où l’on dispense le moins de formation professionnelle.
Ces caractéristiques du travail féminin, déjà discriminatoires, n’expliquent pas tout. Selon certaines études, plus de la moitié de l’écart de salaire ne trouve aucune justification de cet ordre. Ces discriminations résistent avec entêtement aux lois sur l’égalité professionnelle.
Le modèle familial traditionnel de la femme « au foyer » fait toujours référence. La certitude de tâches exclusivement féminines, que ce soit dans la vie politique, professionnelle, familiale, et plus généralement dans la société, empêchent les femmes à faire valoir les droits. Les contraintes organisationnelles du travail compliquent une déjà difficile conciliation entre vie professionnelle et vie familiale. Les responsabilités familiales très inégalement partagées avec les hommes, pèsent sur l’emploi et la carrière des femmes. Les politiques familiales, incitant les femmes – surtout les moins qualifiées – au retrait du marché du travail, (telle que l’allocation parentale d’éducation), aboutissent à des carrières discontinues et plus généralement à un investissement professionnel inférieur à celui des hommes.
De nos jours, les femmes augmentent leurs droits propres à la retraite grâce à leur participation accrue au marché du travail. Mais cette évolution reste insuffisante. Les écarts résisteront au temps, tant que les inégalités persisteront en amont : développement du travail précaire notamment, temps partiel contraint, écart de rémunération. Selon les simulations de l’Insee, à l’horizon 2040, les retraites des femmes ne rattraperont pas complètement celles des hommes. Environ 40% des femmes liquideront leurs droits à la retraite avec une carrière complète, soit une proportion identique à celle des retraitées actuelles.
En 2040, les pensions de droit direct des femmes âgées de 65 à 69 ans seront inférieures de 29% à celles des hommes. Conséquence évidente des inégalités sexuées dans la société, la retraite creuse ces inégalités et leurs dispositifs de solidarité s’avèrent insuffisants pour les combattre. Encore un long chemin à parcourir.
Dossier réalisé par Ombretta Frache
